
PMA : Issues d’un don de sperme, elles cherchent à retrouver leur géniteur
De nombreuses personnes issues de Procréation Médicalement Assistée (PMA) avec un tiers donneur cherchent à retrouver ce dernier : en quête non pas d’un parent, mais de leurs origines.

Beaucoup de personnes issues de PMA ne l’apprennent qu’à l’âge adulte, ce qui peut les bouleverser. Crédit photo : Pexels
Depuis plus de trois ans, Pauline est à la recherche de son géniteur. Elle n’a appris qu’à 29 ans qu’elle était issue de PMA. “C’est moi qui ai fini par poser la question à mes parents, car il y a toujours eu du flou concernant ma naissance” affirme-t-elle. “Je savais qu’ils avaient eu du mal à nous avoir, j’ai donc pensé au don de sperme, et j’ai eu raison”.
Lorsqu’elle a appris la vérité, la trentenaire a d’abord été soulagée. “Après plus de quatre ans à me poser des questions, j’étais rassurée de voir que je n’imaginais pas tout cela, que je n’étais pas folle. J’étais quand même un peu triste de ne pas être la fille biologique de mon père. Et j’ai aussi été choquée d’apprendre cela après 29 ans de secret”.
Pauline est certaine que “le tabou concernant l’infertilité masculine” est l’une des raisons pour laquelle ses parents lui ont caché ses origines. “Mais il y avait aussi les CECOS [Centre d'Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humain, NDLR] qui conseillaient à l’époque aux parents de ne rien dire à leurs enfants”, dénonce-t-elle. “Ils assuraient qu’il n’y avait aucun moyen que leur enfant soit un jour au courant. Je trouve ça très injuste qu’on m’ait caché ce secret pendant des années”.
L’infertilité masculine, ce “tabou absolu”
C’est le “tabou absolu” de l’infertilité masculine qui a conduit pendant des années les centres de dons à taire les naissances avec tiers-donneur, explique Catherine Guillemain, présidente des CECOS de France. Aussi, les personnels médicaux ne priorisaient pas le fait d’expliquer aux parents l’impact de la PMA sur le futur enfant et ses origines : “Il faut hiérarchiser les problèmes, c’est humain”, confie la professeure. Cette position des CECOS a changé dans les années 2000, après la publication d’études ayant prouvé que les secrets familiaux étaient néfastes à la construction d’un enfant.
L’anthropologue Anaïs Martin a mené une thèse en 2022 sur le vécu des personnes conçues par don de sperme en France et en Angleterre. Longtemps resté secret et réalisé hors du cadre légal, il n'existe pas de statistiques exactes sur le nombre de personnes issues de don, de même concernant ceux qui cherchent leur géniteur.
Si d’après Anaïs Martin “la majorité d’entre elles” sont à la recherche de leur donneur, elles ne le font pas pour les mêmes raisons. “Souvent les gens recherchent leurs origines pour connaître leurs antécédents médicaux”, explique l'anthropologue. Certains ont seulement un “besoin impalpable de connaître cette personne [qui leur] a permis d’être en vie”. D’autres la recherchent pour savoir s’ils ont des demi-frères et demi-sœurs, de peur de les rencontrer sans le savoir.
Des motivations propres à chacun
Cela reste une question qui dépend de chacun. Et l’intérêt pour leurs origines peut évoluer au cours de leur vie. “Plusieurs personnes conçues par don ont entamé leurs recherches après la naissance de leur enfant” décrit la chercheuse. “Cela intervient à un moment où ils se disent ‘je suis en position de transmettre quelque chose à mon enfant, mais en fait je ne sais pas complètement ce que je vais lui transmettre”.
Dans sa thèse, Anaïs Martin a échangé avec des personnes issues de dons nées dans les années 40-50. Elles ont longtemps laissé de côté cette partie de leur histoire face au tabou et l’impossibilité de retrouver leur donneur. Mais avec le développement des tests ADN ces dernières décennies, retrouver leur géniteur est devenu envisageable.
En France, ils se rassemblent désormais au sein de l’association PMAnonyme. Sa présidente, Elodie Bougeard, a réussi à retrouver son géniteur. “J’ai su à 28 ans que j’étais issue d’un don, se rappelle-t-elle. J’ai expliqué à mes parents que j’avais besoin de connaître mes origines, et ils l’ont compris. Quand j’ai retrouvé l’identité de mon donneur, il était déjà décédé, mais je suis toujours en contact avec des membres de sa famille.”

Cela fait des dizaines d’années que PMAnonyme demande la levée de l’anonymat des donneurs de sperme. Crédit photo : PMAnonyme
Mais les personnes issues de PMA ne recherchent pas toutes leur donneur. Mahault a 14 ans, et elle est née de PMA car son père Benoît est stérile. Elle l’a toujours su, et ne cherche pas à en savoir plus sur ses origines.
Une commission créée pour retrouver son donneur
Depuis la révision de la loi bioéthique du 2 août 2021, il est plus facile de retrouver son géniteur. Désormais, les donneurs doivent communiquer leurs données identifiantes (nom, prénom(s), sexe, date et lieu de naissance) et non identifiantes (âge, caractéristiques physiques, situation familiale et professionnelle, pays de naissance, motivations du don qu’il a lui-même rédigées). Les enfants nés après l’application de cette loi pourront, s’ils le souhaitent, accéder à ces données à leur majorité auprès de la Commission d'Accès des Personnes nées d'une Assistance Médicale à la Procréation aux Données des tiers Donneurs (CAPADD). Cette dernière contacte le donneur qui doit d’abord donner son accord afin que la CAPADD transmette son identité et ses coordonnées à l’enfant. Parmi les membres de la commission se trouvent des représentants d’associations, dont PMAnonyme. “Désormais, on ne reçoit pas juste une réponse positive ou négative de notre demande d’accès à l’identité du donneur, mais également des explications sur son choix. En cas de refus, c’est plus facile à digérer”, explique Elodie Bougeard.
Au 31 janvier 2025, la commission avait enregistré 701 demandes d’accès identifiantes et/ou non identifiantes du donneur. Un peu plus de 500 réponses ont été envoyées aux demandeurs, et pour plus de la moitié d’entre elles, la commission a identifié le donneur.
La procédure pour retrouver son donneur a aussi été facilitée pour les personnes plus âgées, notamment pour celles nées après la première loi de bioéthique du 29 juillet 1994. Celle-ci a instauré l'obligation de conserver l’identité des donneurs dans les archives des centres de dons. Mais certaines ont été détruites ou sont incomplètes, “ce qui, après 1994, est hors la loi”, affirme Elodie. Ainsi, PMAnonyme a mené plusieurs recours en justice pour aider les personnes concernées.
Afin d’éviter que ce genre de cas se répètent, la député de la 2e circonscription de la Mayenne Géraldine Bannier (MoDem) a déposé le 21 janvier 2025 une proposition de loi “visant à garantir l’accès aux origines” pour les enfants nés de PMA après 1994.
Théo BOISSONNEAU