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Illégalité, IST, agressions… les risques de chercher un donneur de sperme sur internet  

Pour trouver le géniteur de leur futur enfant, certaines femmes passent par des sites de mise en relation sur internet. Une pratique illégale qui permet, certes d’avoir un enfant plus rapidement, mais qui leur fait courir de nombreux risques. 

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Face aux longs délais d'attente dans les CECOS pour avoir recours à une PMA, ou simplement pour connaitre l'identité du donneur, certaines femmes se tournent vers les groupes Facebook ou les sites internet dédiés au don de sperme entre particuliers. Crédit photo : montage par Mathilde GEORGES

Entre des mecs pas clean, ou ceux qui forcent un rapport sexuel, j’ai bataillé pendant deux ans pour trouver un donneur honnête.” Célibataire et déjà mère d’une petite fille, Mégane s’est inscrite sur le groupe Facebook “Don de sperme et Registre” en 2016. Avant la révision de la loi de bioéthique en 2021 et l’ouverture de la PMA aux femmes seules et couples lesbiens, c’était son seul moyen d’avoir accès à un donneur de sperme. 

Pour recevoir un don de sperme, il faut normalement passer par les Centres d’Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme (CECOS), des banques de sperme agréées. Le parcours prévoit un bilan de santé complet et des rencontres avec une assistante sociale et un notaire. En 2023, 13 000 demandes de PMA ont été enregistrées en France, pour un peu moins de 700 donneurs, d’après l’Agence de la biomédecine. “On a vu la demande multipliée par huit dans notre centre après la loi de bioéthique de 2021”, indique Roger Leandri, biologiste de la procréation au CECOS de Toulouse. Aujourd’hui, la durée moyenne est de 16 mois avant la première insémination, selon l’Agence de la Biomédecine.

“Entre forceurs, pervers, ou certains avec des idées chelous… c’était horrible”

 

C’est l’une des raisons pour laquelle Mégane s’est inscrite une nouvelle fois sur des groupes de mises en relation. “C'est plus rapide car même si c'est autorisé maintenant, il faut attendre un an et demi pour avoir un don qui ne fonctionnera peut-être pas” déclare la femme de 26 ans. Ce moyen ne lui est pas étranger : en 2018, “pressée d’avoir un second enfant”, elle avait tenté l’expérience sur Facebook. 


Pour s’inscrire, il suffit de répondre à plusieurs questions : âge, lieu d’habitation, ou encore méthode désirée. L’artisanale - la plus demandée par les femmes - consiste en une insémination par pipette, la semi-naturelle est une pénétration au moment de l’éjaculation et la naturelle, un rapport sexuel classique. Les dons “artisanaux” sont les seuls à être explicitement interdit par la loi : "Le fait de procéder à une insémination artificielle par sperme frais ou mélange de sperme provenant de dons […] est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30.000 euros d'amende". Mais dans les faits, personne n’a jamais été condamné pour un don artisanal selon Janaïna Leymarie, avocate au barreau de Toulouse et est membre de Mam’en solo, une association qui conseille et accompagne des mères seules. Assimilées à des rapports sexuels classiques, les méthodes semi-naturelles et naturelles ne sont quant à elles pas réglementées. 

Mégane échange avec plusieurs donneurs, par message privé, afin d’en savoir plus sur eux et de potentiellement convenir d’un don artisanal et gratuit. Il est fréquent que donneur et receveuse s’accordent concernant les frais de déplacement et d’hébergement ; néanmoins, certains abusent de la détresse des femmes en mal d’enfant et demandent à être rémunérés. Pourtant, il est interdit en France de vendre des prélèvements de son corps. Francis David, administrateur du groupe Don de sperme non anonyme et sérieux le rappelle dans une publication de 2017:  “Toute demande d'argent ici ou en privé n'est pas acceptable sur le groupe (même pour 30€). Tout donneur qui demande une somme sera directement viré sans autre avis”.

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Des prédateurs sexuels difficiles à démasquer

 

Les administrateurs et les modérateurs gèrent les publications, animent le groupe, répondent aux questions et surveillent les entrées. Malgré leurs efforts, ils ne parviennent pas à détecter tous les prédateurs sexuels cachés parmi les membres. “Je tombais sur des donneurs sur Facebook qui voulaient du sexe et me faisaient croire des choses,” affirme Mégane. “Les pires étaient ceux qui faisaient les donneurs sérieux derrière l'écran puis le jour du don, c’est tout l'inverse. Entre forceurs, pervers, ou certains avec des idées chelous… c’était horrible”. Les “mauvais donneurs” sont dénoncés par les utilisateurs et exclus par les modérateurs, mais ça ne les empêche pas de fermer leur compte et d’en créer un autre. 

 

Il y a beaucoup de situations (lors de dons naturel, NDLR) où, factuellement, il s’agit d’une agression sexuelle ou même d’un viol. Néanmoins, les femmes prennent sur elles parce que c’est entre guillemets pour la bonne cause” affirme Janaïna Leymarie. 

Victime d’agression dans le cadre de sa recherche de donneurs, Mégane n’a pas porté plainte par peur que la procédure se retourne contre elle. Une crainte infondée, puisque l’avocate précise que dans une telle situation, Mégane ne peut pas être condamnée. Janaïna admet tout de même qu’’”il y a de fortes chances de ne pas avoir gain de cause”

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IST, le même problème

 

Outre les agressions sexuelles, les receveuses risquent aussi la transmission d’Infections Sexuellement Transmissibles (IST) comme le VIH, la chlamydia ou la syphilis. La journaliste Sarah Dumont est auteure du livre Super-géniteurs - Enquête sur le don de sperme sauvage en France, paru en 2016. “Si les administrateurs des groupes privés sur Facebook [...] conseillent le dépistage des principales infections [...], tout le monde ne respecte pas ces consignes, explique l’auteure. Les tests remontent parfois à six mois”. Maéva* et sa compagne ont rencontré un donneur dans un café après avoir échangé avec lui par message. Quand elles lui ont demandé de se faire dépister, il a refusé en répondant “non, je sais ce que je fais dans ma vie privée”

 

Il n’y a aucune garantie que le test du donneur soit véridique. Pour le VIH, un test négatif ne garantit pas l’absence d’infection si le donneur a eu des rapports sexuels non protégés dans les trois mois précédant le test.

 

Quelques minutes suffisent donc à faire basculer la vie d’un foyer.

 

Comme pour les IST, le don repose sur la confiance entre deux inconnus, accompagné d’un accord oral ou écrit sur la non-reconnaissance de l’enfant. Pour autant, il n’a juridiquement aucune valeur. “Un donneur qui connaît la receveuse peut, dès la naissance de l’enfant ou plusieurs années après, demander des droits sur ce dernier”, affirme Janaïna. Ainsi, en présentant seulement une carte d’identité et un justificatif de domicile de moins de 3 mois, le géniteur peut demander des droits de garde. “Quelques minutes suffisent donc à faire basculer la vie d’un foyer”, affirme Sarah Dumont. 

 

Lors de sa première inscription sur les groupes, Mégane a bataillé pendant deux ans pour trouver un “gentil donneur”, Marc*, qui l’a “aidé mentalement pour tout”. Malgré ses mauvaises expériences, Mégane cherche un nouveau donneur pour un troisième enfant : “ne pas rester seule dans son coin, discuter longuement et prendre son temps” sera essentiel cette fois-ci. 

Estelle FIERLING, Mathilde GEORGES et Théo BOISSONNEAU



 

*le prénom a été modifié afin de préserver l’anonymat.

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